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Bobigny : le contrôle dans le hall dégénère, trois policiers à l’hôpital

Trois policiers ont été roués de coups après avoir tenté de procéder, vendredi soir, à des contrôles d'identité dans un hall d'immeuble à Bobigny, où une dizaine de jeunes ont été interpellés. 

Le contrôle de routine a bien failli se terminer en drame. Trois policiers ont été blessés, vendredi soir, alors qu’ils procédaient à un contrôle d’identité dans un hall de la cité de l’Amitié, rue de la Gare, à Bobigny (Seine-Saint-Denis).

 

Il est environ 20h20 quand cette patrouille, alertée par une odeur de cannabis, pénètre dans le hall d’un bâtiment occupé par une douzaine de jeunes gens. Pour des raisons que l’on ignore encore, le ton monte. Les policiers sont roués de coups. Rapidement, des renforts arrivent, notamment trois véhicules de la Brigade anti-criminalité (BAC), et interpellent dix personnes, âgées de 16 à 21 ans.

 

Tous ont été placés en garde à vue et doivent être auditionnés ce samedi. Les policiers blessés ont été transportés à l’hôpital Avicenne, à Bobigny. Selon une source proche du dossier, si l’une des fonctionnaires a été sérieusement touchée à l’oeil, leur état n’inspirerait plus d’inquiétude.

leparisien.fr

 

 

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Image des caméras de surveillance de l'interpellation de Théo - DR
Document exclusif
Ce que disent le rapport de l'IGPN et les témoignages sur l'affaire Théo
Par Frédéric Ploquin
Publié le 27/02/2017 à 18:12
Début février, les conclusions de la police des polices (IGPN) dans l'interpellation de Théo fuitaient dans la presse. Marianne s'est procuré l'intégralité du document, témoignages des policiers et de Théo compris. Le jeune homme y affirme notamment avoir entendu un policier se moquer : "Il saigne du fion".

« Le 2 février 2017, vers 16h40, l'équipage de la BST (brigade spécialisée de terrain) composé des gardiens de la paix C., D., Cl. et H., intervenait près du centre culturel « Le Cap », sis rue Edgard Degas à Aulnay-sous-Bois (93), pour procéder au contrôle d'individus susceptibles de s'adonner à la revente de produits stupéfiants.

Lors du contrôle de plusieurs personnes, un individu, le nommé Théodore Luhaka, se manifestait par sa véhémence et montrait une certaine arrogance à l'égard des policiers. Il refusait de se soumettre au contrôle et saisissait le gardien de la paix C. par son vêtement.

Son collègue Cl. intervenait alors, mais était également saisi par les manches de sa tenue. Alors que C. venait assister son collègue, l'individu lui portait un coup de poing au visage. Le gardien de la paix D. tentait de maintenir l'individu sur place. Il s'ensuivait alors une échauffourée entre ce fonctionnaire et le nommé Luhaka, au cours de laquelle tous deux tombaient à terre, la tête de l'interpellé heurtant le sol. D. faisait alors intempestivement usage de la bombe lacrymogène qu'il tenait en main.

L'individu parvenait à se relever, et les gardiens de la paix C. et H. tentaient de menotter M. Luhaka. C. faisant l'objet de coups de pied de la part de l'interpellé, il usait de sa matraque télescopique en le frappant aux jambes Â».

Ainsi débute le rapport du commandant en fonction au sein du 1er cabinet d’enquête de l’inspection générale de la police nationale (IGPN), rédigé le 4 février 2017, deux jours après les violences subies par Théodore Luhaka, 22 ans. Ce jour-là, alors qu’ils étaient descendus de leur véhicule de service pour procéder à un contrôle dans un lieu connu pour être un point de vente de stupéfiants, ils auraient été aussitôt « invectivés par plusieurs personnes Â», « tandis que d’autres donnaient l’alerte en poussant des cris Â». Ramené au commissariat pour être placé en garde à vue, Théodore Luhaka, présentant Â« un important saignement au niveau du postérieur Â», était conduit à l’hôpital, où il déclarait que les policiers lui avaient introduit « un tonfa Â» dans l’anus, avant de fournir un premier récit des faits : démuni de pièce d’identité, il avait opéré un demi-tour en voyant des policiers procéder à un contrôle, avant de décider de se porter au secours d’un ami « en difficulté Â».

"Un prolapsus rectal modéré avec une probable perforation du rectum"

« Il était alors pris à partie par les policiers, qui le frappaient, écrit l’enquêteur de l’IGPN, rapportant les propos de la victime. Ã€ un moment, un des policiers lui baissait son pantalon et lui introduisait sa matraque entre ses fesses, pendant que les autres policiers le maintenaient. Il ressentait une vive douleur au niveau de l'anus, avec une sensation de saignement. Un autre fonctionnaire lui projetait un jet de gaz lacrymogène dans la bouche. Puis il était conduit à l'écart, à un endroit dépourvu de caméra de surveillance, où il subissait de nouvelles violences avant d'être amené au véhicule de police. Lors du trajet, M. Luhaka était encore frappé par les policiers, et l'un d'entre eux le prenait en photo. Arrivé au commissariat, en raison des douleurs, il ne pouvait s'asseoir, et était allongé au sol Â».

Le premier certificat médical, rédigé par le service des urgences, constate « la présence d'hématomes et plaies superficielles au niveau du visage, mais également un prolapsus rectal modéré avec une probable perforation du rectum, nécessitant un passage au bloc opératoire en urgence Â».

Des traces rougeâtres seront relevées près du muret où s’est déroulée l’interpellation, au milieu de bris de verre résultant de jets de bouteilles, de même que sur la banquette arrière du véhicule ayant servi à ramener Luhaka au commissariat.

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Les enregistrements vidéo

Les enregistrements vidéo des caméras couvrant le secteur incriminé ont été remis aux enquêteurs de l’IGPN par la police municipale d'Aulnay-sous-Bois. « Leur exploitation permettait de visualiser l'interpellation du nommé Luhaka par les policiers de la BST, dès leur arrivée sur le site à 16h46, jusqu'à leur départ 16h54, soit 8 minutes selon l'horodatage des caméras, écrit le commandant. L'arrivée sur le site de Théodore Luhaka, seul et en piéton, était relevée à 16h45. L'intéressé prenait attache avec des individus présents sur place. Alors qu'un policier arrivait en piéton depuis la façade du centre culturel, un véhicule sérigraphié se stationnait sur le parking, situé en contrebas du muret et des escaliers le desservant. Les individus étaient regroupés hors champ caméra, le long du mur du bâtiment.

Alors qu'une personne repoussait un policier, lequel sortait sa matraque sans en faire usage, plusieurs individus en profitaient pour échapper au contrôle. Dans le même temps, des policiers tentaient de maîtriser le nommé Luhaka, lequel se débattait avec vigueur. Dans le mouvement, tous se rapprochaient du muret. L'intéressé avait perdu sa veste, et son pantalon était déjà tombé sur le bas des fesses, laissant apparaître son caleçon. Après une vive empoignade entre les protagonistes, M. Luhaka et le gardien de la paix D. chutaient à terre, le premier se retrouvant sur le second. Un jet de gaz lacrymogène était observé, venant du bas vers le haut. Le gardien de la paix C. assénait des coups de matraque à hauteur du bas du dos de l'intéressé. Les policiers parvenaient à le relever et à le plaquer contre le muret. Tandis que C. portait un nouveau coup de matraque sur le haut du dos de l'interpellé, le policier identifié comme étant le gardien de la paix H., tentait vainement de lui attraper les bras pour le menotter.

"Un trait blanc, pouvant correspondre au corps d'une matraque, apparaissait furtivement au niveau de la fesse gauche de l'interpellé"

Le gardien de la paix C. était vu faisant un mouvement horizontal avec son bras droit porteur de la matraque, en direction et à hauteur du bas du dos du nommé Luhaka. Consécutivement à ce geste, celui-ci se retournait brutalement, recevait une gifle à la tête du fait de H., puis se laissait tomber au sol. Un visionnage plus précis de cette scène permettait de constater qu'au moment de la rotation de M. Luhaka, un mouvement du tissu de son caleçon était perceptible et laissait apparaître une marque sombre pouvant correspondre au trou constaté sur ce vêtement lors des constatations. Dans le même temps, un trait blanc, pouvant correspondre au corps d'une matraque, apparaissait furtivement au niveau de la fesse gauche de l'interpellé, trait blanc réapparaissant ensuite dans la main du gardien de la paix C.

Une fois l'individu au sol, le gardien de la paix C. lui assénait une estocade à l'aide de sa matraque, sans qu'il ne soit possible de déterminer la portée de ce coup. Les policiers parvenaient à menotter l'interpellé avec difficulté, et le laissaient assis le long du muret. Puis ils le transportaient sur le côté du bâtiment hors champ des caméras. Trois minutes plus tard, le nommé Luhaka était visible, menotté dans le dos, alors qu'escorté par deux policiers, il était conduit au véhicule sérigraphié, stationné en contrebas des escaliers.

Puis le véhicule administratif quittait les lieux dès que le reste de l'équipage était embarqué Â».

Des enregistrements vidéo effectués par des riverains ont été également remis aux enquêteurs de l'IGPN, sans intérêt majeur pour l’enquête.

 

Les déclarations de la victime et les constatations médicales

Lors d'une seconde audition, Théodore Luhaka précise l'intensité de la douleur ressentie au moment de la pénétration anale, l’évaluant à 10 sur une échelle de 10. Il déclare s'être alors trouvé « dans un état second Â», au point de ne plus ressentir les autres coups. « Il hurlait de douleur et disait aux policiers « c'est bon, c'est bon », écrit le commandant de l’IGPN. En dépit de cela, les policiers continuaient à le frapper, et à l'asperger de gaz lacrymogène. Théodore Luhaka mentionne qu'au moment d'embarquer dans le véhicule administratif, un fonctionnaire de police, qu'il ne peut identifier, aurait dit sur un ton moqueur : « Il saigne du fion ».

"Un fonctionnaire de police aurait dit d'un ton moqueur : 'Il saigne du fion'"

Il confirme avoir reçu des coups dans le véhicule, sur le trajet jusqu'au commissariat, essentiellement au niveau de la tête.

Un second certificat médical, établi à l'issue de l'opération chirurgicale, mentionne « une large plaie de l'hémi-circonférence droite de la marge anale avec section traumatique complète du muscle sphinctérien, et une plaie sur 10 cm de profondeur du canal anal et du bas rectum, en continuité et sur le trajet de la lésion sphinctérienne Â».

Les déclarations du chef de bord

Chef de bord du véhicule de la BST ce jour-là, le gardien de la paix D. rapporte qu’il avait décidé, avec ses trois collègues, de procéder à des contrôles d’identité au niveau de ce centre culturel réputé comme étant un lieu de revente de stupéfiants.

Ils « prennent en tenaille le parvis du bâtiment, afin de bloquer les individus suspects s'y trouvant ». Le début du contrôle se passe normalement, jusqu'au moment où son collègue C. est pris à partie par un individu de type africain de grande taille (Théodore) Luhaka. Il lui porte assistance, et parvient « à saisir l'individu au niveau des jambes Â». Tous deux chutent à terre, Luhaka se trouvant sur lui.

« Ã€ ce moment-là, il tenait en main une bombe lacrymogène, dont un jet de gaz partait accidentellement, l'aspergeant lui et Luhaka, mentionne l’enquêteur. Ensuite, il se mettait en boule en maintenant les pieds de Luhaka, et il était incapable de désigner les deux autres fonctionnaires procédant à l’interpellation de l'individu Â». Lorsqu'il parvient à se dégager, D. se relève et découvre que « l'individu Â» est menotté. Voyant « un groupe hostile se former Â», il demande une grenade lacrymogène à son collègue, qu'il lance pour « dégager la zone».

Sur le retour vers le service, D. était assis à l’avant du véhicule, côté passager. Il réfute toute violence illégitime lors du trajet. Il reconnaît avoir pris une photo de l'interpellé à son arrivée au commissariat.

Selon lui, à aucun moment la victime ne s'est plainte ou n'a fait part de douleurs au niveau de l'anus

Lors de sa seconde audition, le policier modifie ses premières déclarations en précisant que suite à l'usage de gaz lacrymogène, dont il avait été en partie aspergé, il ne voyait plus rien et ne pouvait donc décrire l'interpellation. Il reconnait avoir aspergé de gaz lacrymogène Luhaka, alors que celui-ci était allongé au sol et menotté. Il justifie le fait de l'avoir repoussé violemment contre le mur par son énervement, et reconnait son erreur. Il justifie le fait de l’avoir ramené contre le mur du centre culturel par le besoin de récupérer les vêtements de Luhaka. Là, alors que l’interpellé était allongé à terre et menotté, il l’a aspergé à nouveau de gaz lacrymogène sans raison valable.

Selon lui, à aucun moment la victime ne s'est plainte ou n'a fait part de douleurs au niveau de l'anus, tant au moment de l'interpellation que lors de sa conduite au commissariat. S’il a pris une photo, c’était dans l’idée de décrire les blessures de Luhaka dans son procès-verbal.

Déclarations du gardien de la paix H.

Ce gardien de la paix confirme les circonstances de l’interpellation de Luhaka. Alors qu’il participait à son menottage, il a vu son collègue C. faire usage de sa matraque télescopique à plusieurs reprises « au niveau des jambes de l'interpellé dans le but de le faire fléchir Â». Il n’a pas vu en revanche de geste de son collègue susceptible d'avoir occasionné une blessure à l'anus.

Dans le véhicule administratif, lors du trajet retour vers le commissariat, il était assis à l'arrière droit du véhicule, l'interpellé étant entre lui, et son collègue C.. Il mentionne que « l'individu gesticulait dans la voiture, l'obligeant lui et son collègue à le maintenir de la main Â». Il réfute toute violence illégitime, de son fait ou de ses collègues, à l'encontre de la victime, lors de ce trajet.

Lors d'une seconde audition, il mentionne que la conduite de l'interpellé le long du mur du centre culturel était « justifiée par la sécurisation des lieux par leurs collègues de la BAC appelés en renfort, avant de rejoindre le véhicule administratif Â». Il précise que lors du trajet retour, la victime n’a pas signalé sa blessure, ni fait état de douleurs.

Déclarations du gardien de la paix Cl.

Cl. a vu son collègue C. aux prises « avec un individu de type africain Â». Il a lui-même repoussé vers un mur un individu qui voulait intervenir. Une altercation a suivi, au cours de laquelle, alors qu’il était en protection, il a vu ses collègues chuter à terre avec l’individu. Lui s’est concentré sur « la sécurisation de la zone en maintenant des individus hostiles à distance Â». Il n’a vu aucun geste de ses collègues pouvant occasionner les blessures.

La trace rougeâtre au niveau du caleçon attribuée à un saignement au niveau du nez

Sur le trajet du retour, alors qu’il conduisait, il a senti que l’individu «gesticulait derrière lui Â». C’est une fois au commissariat qu’il a vu une trace rougeâtre au niveau du caleçon, dont il a pensé qu’elle pouvait provenir d’un saignement visible au niveau du nez. Lui non plus ne l’a pas entendu se plaindre d’une blessure au niveau de l’anus.

Déclarations du gardien de la paix C.

« Au début de l'opération, il était pris à partie par un individu qui le narguait,résume le commandant de l’IGPN. Il le repoussait, mais un second individu, identifié ultérieurement comme le nommé Luhaka, s'interposait et saisissait le policier par le col de son vêtement. Son collègue Cl. intervenant pour lui porter assistance, était à son tour pris à partie par le nommé Luhaka. Le gardien de la paix H. venait prêter main forte à son collègue C. pour maîtriser l'individu, mais sans y parvenir. Voyant cela C, en compagnie de D. revenait au contact de Luhaka. Dans le mouvement, ils arrivaient au niveau du parapet de la dalle. Alors que D. tentait vainement de ceinturer le nommé Luhaka, C. faisait usage à plusieurs reprises de sa matraque en portant des coups sur les jambes de l'individu pour le faire tomber au sol. Le nommé Luhaka finissait par s'affaisser, entraînant avec lui le gardien de la paix D., qui se retrouvait sous lui.

Voyant son collègue en difficulté, C. déclarait porter des coups de matraque à l'individu pour dégager D. Le nommé Luhaka parvenait à se remettre debout, et à ce moment-là, le gardien de la paix H. intervenait pour ceinturer l'individu.

C. déclarait porter de nouveaux coups de matraque à M. Luhaka, lequel finissait par tomber au sol, et se laissait menotter. Le gardien de la paix C. mentionnait qu'à aucun moment, l'interpellé ne s'était plaint d'une blessure au niveau de l'anus. Il réfutait toute violences illégitimes, justifiant l'usage de sa matraque télescopique par l'opposition physique du nommé Luhaka à son interpellation. Il mentionnait avoir toujours frappé à hauteur des jambes. Dans son audition, il précisait que M. Luhaka, alors qu'il était assis le long du muret, lui faisait part d'une gêne sans autre précision. Pensant que cela était du aux menottes, C. le changeait de position, et par la suite l'intéressé ne se plaignait plus.

Après l'interpellation, C. réfutait toute forme de violence à l'encontre de l'interpellé, tant sur la dalle que dans le véhicule administratif lors du trajet vers le commissariat.»

Le policier accusé de viol nie avoir baissé le caleçon de Théo

Lors d'une seconde audition, confronté aux déclarations de la victime, le gardien de la paix nie avoir donné un coup de poing au visage de Luhaka lors du contrôle d'identité. Il maintient que ce dernier l'avait saisi par le col. Il confirme avoir porté des coups de matraque, mais uniquement aux jambes, et ne s'explique pas la blessure de la victime à l'anus. Il réfute catégoriquement avoir commis des violences après le menottage, alors que Luhaka avait été conduit à l'arrière du centre culturel.

Lors de sa troisième audition, confronté à l'ensemble des enregistrements de vidéo-protection de la commune d'Aulnay-sous-Bois, le gardien de la paix admet avoir porté un violent coup de matraque « en forme d'estocade Â». Il reconnait que ce coup avait certainement occasionné la blessure à l'anus. Il précise que la finalité et les conséquences de ce geste n'étaient « pas intentionnelles Â», car il visait la cuisse pour faire plier la jambe de l'intéressé. Par contre, il nie avoir baissé le caleçon de l'individu. Il maintient qu'à aucun moment, la victime n'a crié de douleur, et que par la suite elle ne s'est jamais plainte de sa blessure à l'anus.

Conclusion de l’IGPN

« L'analyse des divers éléments recueillis lors de cette enquête établissait que si le geste du gardien de la paix C. avec sa matraque était à l'origine de la blessure de M. Luhaka à l'anus, l'élément intentionnel pouvant caractériser le viol n'était pas établi Â».

La suite est désormais entre les mains du juge d’instruction, qui devrait procéder dans les semaines qui viennent à de nouvelles auditions, en attendant les confrontations et une éventuelle reconstitution.

https://www.marianne.net/societe/ce-que-disent-le-rapport-de-l-igpn-et-les-temoignages-sur-l-affaire-theo?utm_source=Twitter&utm_medium=Social&utm_campaign=Echobox#link_time=1488223578

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Un policier d’Aulnay-sous-Bois dénonce les dérives de ses collègues

 

Mediapart publie le témoignage exclusif d'un policier du commissariat d’Aulnay-sous-Bois. Selon lui, certains de ses collègues étaient habitués aux dérapages qui ont conduit à « l’affaire Théo Â». Notamment les quatre agents mis en examen pour les violences et le viol subis par le jeune homme. Des anciens leur avaient recommandé à plusieurs reprises « d'y aller moins fort Â».

 

La voix est claire, ne tremble pas. Les mots n’hésitent pas lorsqu’il s’agit de porter des accusations sur ses collègues. « Si le viol est avéré, il faut qu’ils prennent 20 ans ferme ! Que les jeunes n’aient pas l’impression que les policiers bénéficient de passe-droit. Qu’on puisse repartir dans la rue faire notre métier sereinement. Â» Serge est un vieux poulet. Son prénom est d’emprunt. On ne donnera pas son grade, ni son ancienneté dans la police, ni même celle au sein du commissariat d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Il fait partie de la centaine de policiers qui composent l’effectif dans l’œil du cyclone depuis que « l’affaire Théo Â» a éclaté. Du nom de ce jeune homme de 22 ans grièvement blessé lors d’un contrôle d’identité ayant dégénéré, le jeudi 2 février, à proximité d’un point de vente de stupéfiants dans le quartier de la Rose-des-Vents, également appelé « la cité des 3 000 Â».

Les quatre membres de la brigade spécialisée de terrain (BST) ayant procédé à son interpellation ont été mis en examen pour violences volontaires entraînant une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, avec la circonstance aggravante qu’ils sont dépositaires de l’autorité publique, ont agi avec arme, et en réunion. L’un d’eux est également mis en examen pour viol. Il est l’auteur des coups de matraque télescopique à l’origine de la grave blessure à l’anus dont souffre Théo.

Au-delà de ce fait divers dramatique, les pratiques des policiers d’Aulnay sont depuis passées au crible par l’IGPN qui a entendu des dizaines d’entre eux. Mediapart (ici et là) et Les Jours (ici et là) ont exhumé des antécédents fâcheux.

 

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« J’ai honte de travailler à Aulnay Â», attaque d’emblée Serge. On se rencontre tard le soir, dans un bâtiment ouvert aux quatre vents à quelques kilomètres d’Aulnay. De loin, on pourrait nous prendre pour des clients du point de deal de la cité des 3 000 en train de fumer leur premier joint. On ne fume pas, on ne boit pas, on parle police.

Par des connaissances communes, Serge a fait savoir à un collègue de Mediapart qu’il avait envie de se confier. Qu’il avait besoin de s’épancher. « On est tous écÅ“urés, dégoûtés par ce qui s’est passé, poursuit-il. Même si, entre nous, on n’en parle pas. Il règne un silence de mort dans les couloirs du commissariat. Â»

Une semaine plus tôt, un membre d’une brigade anticriminalité (BAC) d’une autre ville de Seine-Saint-Denis nous avait confié : « Dans la rue, on se fait insulter. On nous traite de “violeursâ€, c’est dur... Â» L’affaire Théo rejaillit sur tous les policiers et distille son poison. « L’image de la police est durablement ternie Â», regrette un officier ayant passé sa carrière à enquêter sur les trafics de drogue dans les cités.

À Aulnay-sous-Bois, Serge décrit des effectifs qui tournent en rond, une activité policière à l’arrêt. « On a eu l’interdiction de faire des rondes dans la cité des 3 000 ainsi que dans les autres secteurs les plus sensibles de la commune. Â» Au lendemain des faits, spontanément, des policiers avaient écourté leurs congés. « Il fallait contrôler la ville, éviter qu’elle ne s’embrase, se souvient l’agent témoignant sous pseudo. Ceux qui travaillent dans les bureaux ont aussi renfilé la tenue [réglementaire pour patrouiller] le soir. Ils ont fait double journée. Au final, on était plus de volontaires qu’il n’y avait de besoin. La ville est restée assez calme… Â» Le premier week-end, une voiture a été brûlée, des abribus dégradés et l’éclairage public saboté. Puis la violence s’est déportée sur d’autres villes du département, laissant les policiers d’Aulnay désÅ“uvrés. À ressasser.

« Nos collègues avaient le droit d’interpeller Théo, ils avaient un motif légitime, croit savoir Serge. Mais pas le reste… Â» L’agent raconte la mare de sang – découverte une fois la housse enlevée – qui avait imprégné la mousse de la banquette arrière du véhicule de la BST. Sans émotion apparente, Serge évoque les auteurs présumés du viol et des violences. Des propos pourtant lourds de conséquences. « L’équipe qui est mise en cause dans cette histoire, cela fait des années qu’elle fait ça… J’ai vu et entendu des officiers de police judiciaire passer leur temps à leur dire d’y aller moins fort. C’étaient vraiment des habitués. Dès qu’ils sortaient du commissariat et qu’il n’y avait plus d’autorité derrière eux, ils s’imaginaient être les maîtres dans la rue. Ils faisaient ce qu’ils voulaient, quoi ! Le plus vieux, il n’avait que sept ans de police. On les a un peu lâchés dans la nature…»

Le vieux poulet décrit un groupe accro à l’adrénaline, à la castagne. « Ils aiment se battre, casser des gens. C’étaient toujours les premiers à se ruer dans les cellules lorsqu’un gardé à vue pétait un plomb ou se rebellait. L’un d’eux, un brigadier, était particulièrement violent. Je l’ai vu avoir des gestes déplacés au poste, menacer des hommes menottés au banc : ‘‘Toi, on va t’éclater !†Et, à chaque fois que des jeunes se plaignaient, c’était cette équipe-là. Â»

Dans un témoignage publié par l’Obs, Mohamed K. a raconté avoir été passé à tabac par ce même groupe, une semaine avant son ami Théo. « Ils me frappent, coups de pied, coups de poing au visage, dans le ventre, dans le dos, je saigne parce qu’ils m’ouvrent le crâne, je leur dis que je suis essoufflé, ils me traitent de ‘‘sale Noirâ€, de ‘‘salope’’, ils me crachent dessus. [...] Un des policiers me braque à bout portant avec son Taser, et me dit ‘‘laisse-toi faire ou je te tase !’’ [...] Les agents me menottent, me balayent au sol, m’écrasent la tête, me donnent des coups de genou dans les yeux, je voyais mon sang au sol, j’essayais de ramper. Â»

Jusqu'au témoignage de Serge, seuls les jeunes des 3 000 présentaient les quatre hommes de la BST comme des auteurs récurrents de violences. Trois sources policières différentes nous avaient assuré que ce n'étaient pas des va-t-en-guerre. Sur France Info, Me Frédéric Gabet a décrit son client, l'auteur du coup de matraque, comme Â« un garçon paisible, calme, qui n'a jamais eu affaire à la justice Â», « totalement dépassé par ce qui lui arrive Â», qui « constate chaque jour qu'il est décrit comme un monstre, c'est compliqué pour lui Â». Par mail, Me Pascal Rouiller souligne que son client « avait intégré la BST depuis 4 mois seulement à l'époque des faits Â».

 

 

« La tenue Â» privilégiée

Le 26-28, avenue Louis-Barrault héberge le commissariat le plus atypique qu’il nous ait été donné de contempler. Logé en plein cÅ“ur d’une zone pavillonnaire, il se compose de deux bâtiments. Donnant sur une rue en sens unique, le premier mélange béton et petits carreaux, ressemblant à tous ces hôtels de police qui ont eu la malchance de survivre aux années 80. Là, tout y est vétuste. Des locaux de garde à vue insalubres à la chaudière vieille de trente ans, régulièrement en panne et qui aurait valu aux locataires le titre, dans la presse locale, de « poulets congelés d’Aulnay-sous-Bois Â». Les barreaux à la moindre fenêtre achèvent de donner cette image de bunker si caractéristique du moindre commissariat situé dans une zone dite sensible. 

En retrait du premier, le second bâtiment est lui un charmant hôtel particulier en meulière qui abritait la Kommandantur lors de la Seconde Guerre Mondiale puis, durant les années qui ont suivi, un bordel et enfin des policiers. Éloignées de la rue, les fenêtres ne sont pas barricadées mais encadrées de volets bleus. Avec son perron en pierre, cette partie du commissariat a écopé de la part de ses actuels pensionnaires du surnom de « château de la Star Ac’ Â», en référence à l’ancienne émission de télé-crochet de TF1.

 

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Serge se souvient des apéros qu’y organisait tous les soirs le commandant supervisant le SAIP. Un commissariat se divise en deux entités : le service de l'accueil et de l'investigation de proximité (SAIP) est chargé des missions de police judiciaire et de l'accueil des victimes. Le service de sécurisation de proximité (SSP) gère la voie publique avec les brigades de police secours et les BAC. Sous l’égide du commandant du SAIP, que vous buviez ou non, il fallait s’acquitter d’une cotisation d’un ou deux euros. Ceux qui refusaient se voyaient confier le lendemain les plus sales besognes, les enquêtes les plus insolubles.

Lorsqu’il arrive en janvier 2014, le commissaire divisionnaire Vincent Lafon fait le ménage et met fin à ces pratiques d’un autre âge. Un soir, il fait souffler le commandant dans un éthylotest. Le gradé fait semblant et évite ainsi la sanction, mais le commissaire finira par obtenir sa mutation ainsi que celle de toute l’ancienne hiérarchie qui cautionnait cette gestion des hommes en fonction des apéros. Au fur et à mesure, il remodèle le commissariat, crée une brigade de soutien de quartier (BSQ) et la BST. Il imprime sa marque et, d’après Serge, privilégie « la tenue Â», le SSP. Surtout, ses unités chargées d’« aller au contact Â». Ces deux dernières années, toutes les recrues auraient été affectées aux BST, BSQ et BAC, au détriment de police secours et du SAIP.

L'analyse de Serge est partagée par des magistrats qui, dans notre précédent article sur l’affaire Théo, avaient regretté que « ce commissaire soit très ordre public, en tout cas il le privilégie par rapport au judiciaire Â». « C’est-à-dire qu’il fait ramasser par ses gars les petits dealeurs, les gamins qui font le guet, tout ce qui est visible et qui ennuie au quotidien les riverains, avait précisé un magistrat. En revanche, il n’y a plus vraiment d’enquête à Aulnay sur la racine du mal, sur les gros trafiquants. Â» Un second avait confirmé : « Le nouveau commissaire a fait le choix de ne pas subir les trafics. Il veut que ses hommes soient présents au quotidien sur le terrain plutôt que dans les bureaux. Â»

 

 

Âgé alors de 40 ans, ancien boxeur, le commissaire divisionnaire ne dédaigne pas donner du coup de poing aux côtés de ses hommes lorsque cela chauffe. « Tu aurais vu le Vinc’, il leur est rentré dedans ! Â», racontent ceux qui étaient de permanence à ceux qui les remplacent. « On n’avait jamais vu ça, un divisionnaire sur le terrain à nos côtés… Â», souffle encore Serge.

Le policier, déjà cité, d’une BAC voisine nous avait raconté avoir servi à l’occasion sous les ordres du commissaire Lafon. Ses propos confirment ceux de Serge : « Il est aimé de tous les flics du 9-3. C'est un des rares tauliers [“commissaires†en langage policier – ndlr] présents à nos côtés sur les interpellations. Et après, il n'hésite pas à nous donner des conseils s'il estime qu'on aurait pu mieux agir. Â» « Par ailleurs, ajoute Serge, on n’a jamais eu de patron aussi sympa que lui, aussi accessible. Sa porte nous est toujours ouverte. Il est proche de ses troupes. Â»

Un dernier élément de sa biographie parachève sa popularité auprès de ses hommes. Élément qui peut sembler paradoxal tant, depuis que L’Humanité a révélé ses antécédents judiciaires, sa condamnation à un an de prison avec sursis dans le cadre de l’affaire dite « de l’enjoliveur Â» colore d’un (mauvais) jour nouveau l’affaire Théo.

Il y a 13 ans, la brigade anticriminalité de nuit (la Bac N) de Paris dérape. Rattrapé à l'issue d'une course-poursuite durant laquelle il avait renversé deux policiers et blessé un troisième, un chauffard est « extrait de l’habitacle [de son véhicule] et tabassé, il finit sur le goudron, pantalon et slip baissés, un cerceau d’enjoliveur entre les fesses Â». Alors chef adjoint de la Bac N et resté passif face aux agissements de ses hommes, Vincent Lafon sera condamné pour « abstention volontaire d'empêcher un délit Â» et « complicité d’établissement d’une attestation ou d’un certificat inexact Â», en l’espèce la rédaction d’un procès-verbal – dont il a toujours contesté être l’auteur – qui attribuait l’interpellation du chauffard (et donc les sévices commis par la suite) à un autre service que la Bac N.

À en croire Serge, le commissariat d’Aulnay n’aurait retenu de cette affaire qu’un épisode qu’il ne nous a pas été possible de vérifier : lorsque les policiers impliqués dans l’affaire de l’enjoliveur ont été placés en garde à vue, le commissaire Lafon, qui ne se voyait pas reprocher sa participation aux faits mais seulement sa passivité, se serait fait enfermer avec ses hommes en cellule, partageant leur sort jusque dans la privation de liberté.

Mythe ou réalité, cette anecdote dit le sentiment partagé par beaucoup de policiers d’Aulnay : ce patron-là les soutiendra, quoi qu’il arrive. Ce passé, rassurant pour les forces de l’ordre, inquiétait le parquet de Bobigny. D’après nos informations, la procureure de l’époque, Sylvie Moisson, aurait alerté la hiérarchie du commissaire Lafon : son passif était, selon la magistrate, incompatible avec l’exercice d’un poste de commandement sur un secteur aussi sensible de Seine-Saint-Denis et risquait à l’avenir de poser problème. Insensibles à cet argument, sensibles aux qualités de flic de Lafon, ses supérieurs avaient passé outre la mise en garde de la magistrate.

« Il a bénéficié et bénéficie toujours de la confiance de sa hiérarchie, nous avait martelé la semaine dernière un haut cadre de la préfecture de police de Paris. Aucun signalement n’est jamais remonté d’éventuelles violences ou d’autres problèmes. Au contraire, à l’automne dernier, le préfet de police s’était rendu à Aulnay et avait loué l’excellence de l’activité du commissariat. À juste titre. Â»

 

 

« Les jeunes doivent nous aider à faire le ménage ! Â»

Le commissariat fait du chiffre. Et en la matière, il y a une concurrence entre les unités préférées du commissaire. « Les BST et les BAC se tirent la bourre, raconte Serge. C’est à qui a fait le plus de crânes [interpellations, en argot policier – ndlr] dans le mois. Entre eux, ils roulent des mécaniques. On les entend parler de leurs interventions, ils en jubilent. ‘‘T’as vu comment j’ai fait le dérapage ?! T’as vu comment je l’ai serré ?!’’ Â» L’agent décrit une course à l’armement entre brigades spécialisées. « Ils s’équipent comme des porte-avions, arborent des petits couteaux à la ceinture, ce qui n’est absolument pas réglementaire… Mais ils s'en moquent, ils se sentent soutenus et protégés. Â»

Des comportements « de cowboys Â», dénoncés par beaucoup de jeunes des 3 000 et qui compliquent la tâche de tous les policiers. « Auparavant, il était possible de faire son travail en tenue dans la rue, regrette Serge. Maintenant, vu les sentiments que l’on suscite dans la population, cela se complique. Â» Et ce alors que le territoire d'Aulnay-sous-Bois est de plus en plus difficile à contrôler.

Sur dix gardes à vue quotidiennes, estime Serge, sept ont pour objet le trafic de drogue, deux les conduites sous l’empire d’un état alcoolique, la dernière pour divers délits. « Aulnay, c’est la capitale du stupéfiant ! Des clients viennent de l’Oise ou du fin fond de la Seine-et-Marne. Â» Selon une source judiciaire, le « four Â» – point de vente de deal – de la cité des 3 000 génère un chiffre d’affaires quotidien pouvant aller « entre 10 et 20 000 euros Â».

Justement, les fours de la ville susciteraient, toujours selon Serge, la convoitise… de certains policiers. « Les jeunes se plaignent qu’on vient les taper sur les points de deal. Des patrouilles effectuent des contrôles d’identité et promettent de ne pas revenir de la journée, ils iront plutôt embêter le four concurrent, si on leur file 150, 200 euros. Certains collègues se feraient même rémunérer en barrettes de shit. Il y a quatre ans, je n’entendais jamais parler de ça mais là, ça revient énormément… Â» 

Une rumeur qui nous était déjà revenue aux oreilles par plusieurs sources depuis que l’affaire Théo a éclaté, mais qui prend plus de force dès lors que c’est un policier du commissariat qui s’en fait l’écho. Des noms d’hommes et de femmes sont cités. Un groupe, surnommé Â« la Stup d’Aulnay Â», bénéficiant de nombreux avantages dont des journées plus courtes, suscite des jalousies au sein du commissariat et beaucoup de fantasmes dans la rue. Des accusations à manier toutefois avec des pincettes. Comme vient de le rapporter Mediapart, l’affaire dite des « ripoux de la BAC nord Â» de Marseille, suspectés de s’être adonnés à de l’extorsion de fonds sur des dealeurs, s’est largement dégonflée. 

Malgré tout, Serge se veut encore optimiste. « L’ensemble du commissariat est très sain. Les violences et les rackets ne sont pas orchestrés par la haute hiérarchie. Simplement, il y a eu du laisser-aller, certains se sont cru tout permis... Â» Et ce flic atypique en appelle… aux jeunes des quartiers. Tous les mois, selon lui, au moins un gardé à vue serait en mesure de dénoncer des pratiques illégales. « Ils pensent que cela ne sert à rien de porter plainte contre la police auprès d’un policier… Â», regrette-t-il. Serge nous implore : « Il faut leur dire : peut-être que la première fois, cela n’aboutira pas, ni même la seconde. N’empêche que les signalements figureront dans les dossiers des collègues. Cela finira par alerter la hiérarchie. Des enquêtes seront menées. Les jeunes doivent nous aider à faire le ménage ! Â»

 

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Il y a urgence. L'affaire Théo jette un voile, une présomption de culpabilité. Mardi midi, on est allé se promener dans les environs du commissariat. Sur le trottoir longeant le premier bâtiment, on a croisé un homme, le cheveu hirsute, la barbe drue. On a d’abord cru à une victime venant déposer plainte. Et puis quelque chose de conquérant dans sa démarche faisait contraste avec sa tenue dépenaillée. À sa ceinture de jogging, un pistolet Taser pendouillait dans son étui. Rien d’illégal, la couverture traditionnelle d’un flic de terrain cherchant à se fondre dans son environnement. On n’a pas pu s’empêcher de se demander à quelle catégorie des policiers d’Aulnay-sous-Bois il appartenait.

Edited by La dareune
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Que s’est-il réellement passé au lycée Suger de Saint-Denis ?
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Le lycée Suger de Saint-Denis @ Streetview.
 

Mercredi 8 mars, des parents d’élèves du lycée Suger étaient réunis à la mairie de Saint-Denis devant les adjoints au maire Stéphane Peu et Elisabeth Belin dans l’attente d’informations sur la garde à vue de leurs enfants, après les incidents de la veille.

Le mardi 7 mars, le lycée Suger de Saint-Denis était la cible d’une poignée de casseurs qui ont attaqué l’établissement avec un mortier. Après un début d’incendie, le lycée est  évacué, et des affrontements ont lieu avec les forces de l’ordre qui interpellent 55 élèves, et les placent en garde à vue. Une garde à vue qui risque de se prolonger jusqu’au jeudi matin, au grand désarroi des parents.

Il est 16h20 ce mercredi quand Stéphane Peu entre dans la grande salle de la mairie de Saint-Denis. Son retard en a agacé plus d’un, du fait de la crispation générale. Sur les visages, l’inquiétude se mêle à la colère, et même les plus virulentes des mères de famille cachent sous leur gouaille une peine inconsolable. Chaque minute de retard est perçue comme un manque de respect et fait naître les premiers élans de révolution.

 

“S’ils n’arrivent pas, on ira devant le ministère de l’Intérieur !â€

Le discours apaisant de l’adjoint au maire fait baisser la température de quelques degrés, temporairement. Elu très apprécié, habitué du quartier du Franc-Moisin, il subit le sort du porteur de mauvaises nouvelles quand il retransmet à ses concitoyens le discours du commissaire responsable des interpellations, puis de la procureure  de la République qui a exigé la prolongation de la garde à vue pour tous les enfants arrêtés ce mardi. Repris par une mère de famille quand il parle d’â€interpellations massives“, il lui concède le terme “musclées“. Avant de raconter les coulisses des négociations qui ont eu lieu depuis la veille au soir.

La procureure  de la République fait la sourde oreille

Au moment où les forces de l’ordre interviennent pour interpeller les casseurs, après que le lycée Suger a été évacué à la suite de plusieurs explosions et un départ d’incendie, le commissaire décide de procéder à une grande vague d’interpellations pour prendre dans ses filets les quelques véritables suspects visés.

Avec dans l’idée de relâcher au bout de 24 heures les innocents une fois les suspects identifiés. Mais ni lui ni le maire ne sont responsables de la prolongation de garde à vue imposée par la procureure de la République. Une procureure qui reste “sourde face à ce que disent les différentes sources, y compris les sources policières, sur le fait qu’il y a au commissariat des élèves innocents. Pour elle, s’ils n’ont pas causé de dégradations, ils ont suivi. Et s’ils suivent, ils participent“.

Le ton monte à nouveau. Immédiatement, Stéphane Peu recadre son discours et affirme son désaccord avec la procureure. Avant de donner l’information que tout le monde attend : oui, les enfants innocents seront relâchés dans quelques heures. Soulagement pour beaucoup, sans que la colère ne disparaisse pour autant. “Et la responsabilité de la proviseure ?†lance une voix dans l’assemblée.

La décision de la proviseure en question

L’heure est venue d’évoquer les problèmes de fond. La décision de la proviseure de “jeter dehors†les élèves du lycée est perçue comme une démission du rôle de protection de ses pensionnaires qui incombe à l’établissement. Une enseignante du lycée Suger revient sur le flou de la situation, ce mardi matin, alors que la récréation vient de prendre fin et que les explosions retentissent :

“Tous les enseignants n’ont pas exercé leur droit de retrait. Il y en a, comme moi, qui sont restés avec les élèves pour les protéger. Mais on ne savait pas quoi faire. Nous avons reçu des ordres, et des contre-ordres, fallait-il rester dans l’enceinte du lycée ou non ? Une fois dans la cour, il y a eu des mouvements de foule. Nous avons eu peur pour la sécurité des élèves.â€

Dans la salle, qui s’est encore remplie entre-temps, quelques élèves sont aussi présents. L’un d’entre eux se lève et soulève la question à laquelle personne n’aura la réponse à la fin de la journée : “En septembre, à la rentrée, il s’est déjà passé des événements de ce genre. Le lendemain, le lycée était fermé. Lundi, il s’est également passé d’autres faits similaires. Pourquoi alors le lycée était-il ouvert hier si on ne pouvait pas garantir notre sécurité ?“. L’enseignante confirme, tout le monde savait que quelque chose se préparait en ouvrant le lycée mardi matin.

“puteâ€, “salopeâ€, “je vais tuer ta mèreâ€

Les récits des élèves déplacent le débat sur l’autre point sensible du jour, la violence des interpellations. “Ils nous parlent mal. On s’est pris des ‘pute’, ‘salope’, ‘je vais tuer ta mère’†relate une adolescente qui raconte comment les forces de l’ordre l’ont empêchée d’aller aider une de ses amies qui était au sol, avec le frère de celle-ci. Frère qui se retrouve lui aussi à terre, frappé puis tasé par un policier.

Un autre jeune, sorti lui plus tôt dans la journée avec un rappel à la loi, livre un témoignage plus terrifiant encore : “Je les ai vus matraquer une famille de Roms. J’ai sorti mon portable pour filmer la scène, et ils se sont jetés sur moi. Ils m’ont poussé pour ne pas être vus, m’ont mis au sol, matraqué, étranglé avant de me faire supprimer la vidéo.†Devant sa description édifiante de l’agression dont il a été victime, quelques parents applaudissent son courage de venir en parler publiquement. Stéphane Peu lui serre chaleureusement la main.

Un profond sentiment d’abandon et d’injustice

Ce qui transpire dans la salle de la mairie de Saint-Denis va bien au-delà des événements de cette semaine. C’est le sentiment d’abandon d’une partie de la population qui s’était déjà exprimé en septembre pour exiger plus de moyens humains pour assurer le bon déroulement de l’année scolaire, à l’intérieur de l’établissement. Plus de professeurs, plus de surveillants. Des promesses ont été faites. Elles n’ont jamais été tenues. C’est le sentiment de discrimination, de la part de l’Etat, de la part des forces de l’ordre, dont le comportement ne peut qu’être condamné et appelle à ce que des enquêtes soient ouvertes. Le sentiment de ras-le-bol enfin, et le besoin que les choses changent. Quitte à porter plainte collectivement.

Alors qu’il est l’heure de conclure, Stéphane Peu reprend le discours de l’enseignante qui s’est exprimée précédemment pour appeler à l’apaisement et à la collaboration : “Il faut qu’on agisse main dans la main avec les profs, les surveillants, et vous.“. S’il condamne avec fermeté les agissements des casseurs, il en fait de même pour les violences commises à l’encontre des élèves. Et à cette mère de famille de conclure : “ça ne s’arrêtera pas là.“.

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  • 2 weeks later...

Une bavure de plus, une...


 

La police contactée pour une altercation familiale

Les manifestants se sont retrouvés afin de réclamer la lumière sur les circonstances du décès de Shaoyo Liu. Ce père de cinq enfants a été tué dimanche alors que la police avait été appelée pour intervenir lors d'un différend familial, dans le quartier Curial, dans le 19e arrondissement de la capitale.

Les forces de l'ordre assurent avoir agi en légitime défense, précisant à l'Agence-France-Presse que «dès l'ouverture de la porte», un homme s'est précipité pour agresser l'un des fonctionnaires, le blessant à l'arme blanche. L'un de ses collègues a alors ouvert le feu, pour le protéger, blessant mortellement l'agresseur.

La légitime défense réfutée par la famille

Une version à laquelle s'oppose la famille, qui «conteste totalement la version des faits, il n'a blessé personne», explique Calvin Job, leur avocat. Contacté par Le Figaro, il précise que l'homme était en train «d'écailler un poison dans la cuisine avec l'une de ses filles» quand la BAC a tenté d'entrer. L'adolescente aurait alors crié «ne forcez pas, ça ne sert à rien». Mais les policiers auraient enfoncé la porte de l'appartement et tiré «à bout portant, sans sommation, avec un fusil à pompe» sur la victime. Il n'avait pourtant «porté aucun coup» et «ne s'était pas précipité» sur les policiers, a-t-il ajouté.

De leur côté, les forces de l'ordre soulignent qu'«un voisin a appelé la police, disant entendre des cris». Ce que nie l'avocat de la victime, ajoutant que ce voisin est coutumier des faits. En 2012, Shaoyo Liu avait déjà été arrêté à son domicile avant d'être placé en hôpital psychiatrique. Le tout après un appel du voisin en question.

D'après la préfecture, «la police a confirmé sa volonté de recevoir une délégation de membres de la communauté asiatique afin d'apporter une réponse aux interrogations sur l'intervention policière». La rencontre n'a finalement pas eu lieu, faute d'interlocuteur.

La famille doit être entendue ce mardi à 14 heures par l'inspection générale de la police nationale (IGPN). Les proches de la victime, indique leur avocat, attendent cet entretien avant, éventuellement, de porter plainte. Pour le défenseur, il s'agit probablement d'une bavure policière. Outre l'enquête administrative, menée par l'IGPN, une autre, judiciaire, est menée par le parquet de Paris.

Mardi à la mi-journée, un rassemblement était en cours devant le commissariat du XIXe arrondissement afin de soutenir les 35 personnes en garde à vue.

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