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Il y a 17 heures, Rom a dit :

Ya une corrélation évidente entre bavures policières et violence envers la police. Nuancer l'une pour dramatiser l'autre c'est clairement un parti pris.

Que l'Etat réprime plus sévèrement alors qu'il est l'un des principaux artisans de cette violence, pas top quand même. La question des retraites c'est autant une question de pouvoir d'achat que de justice social. Donc que l'Etat communique plus sur la répression des violences ok, et qu'il le fasse pour les 2 partis, autant les condamnations pour violence sur représentant de l'Etat que mise à pieds pour violence policière excessive.

C'est justement le postulat selon lequel l'Etat serait un des principaux artisans de cette violence que je conteste.

Pour les manifestations, on a vu avec les gilets jaunes que les premières violences venaient des manifestants.

Idem pour la violence en générale, il suffit aussi de se rappeler les émeutes de 2005 pour constater que la police française est particulièrement douce. Dans la majorité des pays dans le monde, la police aurait répliqué à balle réelles.

L'exemple des pompiers, des urgentiste ou même des bus dans certains quartiers est suffisamment éclairant également. Les connards répondent à une provocation de ces services publics, leur violence est légitime?

Il y a un ensauvagement du monde en raison de la baisse du QI de notre population.

On en vient sincèrement à se demander si ceux qui veulent que la police tire dans les genoux ont vraiment torts...

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Il y a 15 heures, Mendy4Ever a dit :

Idem pour la violence en générale, il suffit aussi de se rappeler les émeutes de 2005 pour constater que la police française est particulièrement douce. Dans la majorité des pays dans le monde, la police aurait répliqué à balle réelles.
 

Je comprends pas ton point... la police est (trop?) douce parce que la plupart des polices du monde aurait tiré à balles réelles? Que ça aurait calmé tout le monde et que tout serait rentré dans l'ordre? Qu'on ferait mieux de s'inspirer de... "la majorité du monde"?

Alors oui, si c'est que tu voulais entendre, on est dans un pays développé, qui plus est la France, droit de l'homme gnagnagna encore heureux que notre police soit gardé par son éthique, ou... ses politiques. Parce que pour l'éthique interne j'pense qu'il ya encore du travail à faire. Je ne réfute pas la haine et les violences dont ils sont victimes, mais clairement sur la manière d'y répondre nos points de vue divergent (par hasard jviens de tomber la dessus https://theconversation.com/la-police-peut-elle-changer-dethique-129710 ).

Pour la responsabilité de l'Etat dans les bavures policières pendant les manifs elle est plus ou moins directe. Indirecte car induite par la carte Thatcher que Macron  a choisi de jouer. Directe quand il utilise sa police à des fins politiques, pour discréditer des manifestants, légitimer une répression plus agressive à la prochaine manif ou pour x autres raisons. Je ne peux toujours pas m'empêcher de penser à la mort de Yann, à l'absence des CRS. L'Etat joue avec ses forces de l'ordre, joue avec son peuple, bien sur qu'il est l'un des artisans principaux de cette violence.

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On peut-être un pays développé et taper fort sur les sous-hommes de type Black Blocs ou Extinction Rebellion.

Moi c'est surtout là que je vois la responsabilité de l'Etat, il ne se donne pas les moyens de fracasser ces mouvements alors que c'est d'intérêt général (pour les manifestants de tous poils et le reste de la population).

 

Sinon l'artisan principal de cette violence ça reste quand même l'extrême gauche, il ne faudrait pas inverser les rôles.

Des petits bourgeois en Canada Goose qui jouent aux révolutionnaires low-cost, et ont développés une idéologie victimaire dans toutes les strates de la société.

 

Mais il faut rester optimiste, Trump, Boris et les autres sont les enfants du politiquement correct de ces nains idéologique.

L'ordre peut revenir.

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Citation

« Si je suis aux Restos du coeur, c’est parce que j’ai été mutilé par la police »

 

Mutilés par la police, ces Gilets jaunes ont perdu un oeil, une main ou des dents. S’ajoute le traumatisme psychologique mais aussi souvent l’extrême précarité financière. Ils racontent leur quotidien entre arrêt-maladie, chômage et restos du coeur.

Appart’ Hôtel de Montpellier (34) – La petite bande descend au compte-gouttes. Comme souvent, les moins jeunes sont les plus ponctuels. Assis sur les fauteuils du hall d’accueil, Alain et Yann sirotent un café-machine. Le petit dej’ est à 11 euros, trop cher pour eux. Vanessa s’est offert ce petit luxe. En douce, la blonde souriante multiplie les allers-retours entre la cantine et l’entrée pour ravitailler les copains. Les madeleines ont la cote ! Puis elle exfiltre quelques cafés, avec la bienveillance du jeune homme à l’accueil.

 

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Yann (à gauche) et Alain (à droite) sont avec quelqu'un qui fait n'importe quoi. / Crédits : Mathieu Molard

 

Pour ce week-end qui rassemble les Gilets jaunes blessés, l’hôtel et les billets de train ont été financés par une cagnotte en ligne [disponible ici ]. Mais les 1.000 euros et quelques, récoltés par leur collectif des Mutilés pour l’exemple, ne permettent pas de prendre en charge tous les repas. Alors ce week-end, certains se serrent la ceinture. « En plus, la semaine prochaine, je vais manger des pâtes », lance Alain en rigolant. Une manière pour l’ex-militaire de dédramatiser un quotidien pas bien rose depuis sa blessure à l’acte III des Gilets jaunes. Le 1er décembre 2018, il s’était posté sous l’Arc de triomphe en train de régler son appareil photo quand un tir de LBD l’a percuté à la carotide.

Les restos du coeur, c’est le vendredi

Depuis c’est la dégringolade. Il y a la douleur, la blessure qui s’infecte et surtout le traumatisme. « Aucun des mutilés que j’ai évalué n’échappe au syndrome de stress post-traumatique », explique Ève Richard. La psychologue montpelliéraine accompagne bénévolement ces Gilets jaunes mutilés. Pour Alain, ce sont des troubles du sommeil, des angoisses et des accès de colère « dès qu’on atteint à [sa] dignité », comme il dit. Un client qui le dépasse à la caisse du supermarché ou un automobiliste mal embouché peut lui faire « péter un plomb ». Il n’est pas en état de reprendre son taf auprès des enfants autistes, juge la médecine du travail.

À REGARDER AUSSI NOTRE DOCUMENTAIRE : « Gilets jaunes, une répression d’État »

Les cinq ans qui le séparent de la retraite lui semblent interminables. « Je n’ai plus que les indemnités » pour vivre, mais toujours les crédits à rembourser. « Ça m’a foutu dans la mouise », soupire-t-il. Un euphémisme. Le bonhomme aux lunettes rectangulaires se nourrit grâce aux Restos du coeur. La distribution de colis alimentaires, c’est le vendredi aprem’ « à 15h pile ». Et l’avant-veille, il était déjà dans le train. Alors la semaine prochaine, ça sera régime :

« Je veux dire aux gens que si j’en suis là, si je suis aux Restos du coeur, c’est parce que j’ai été blessé par la police. »

Pas de chicots, pas de taf

Yann, son acolyte de petit dej’, a lui aussi du mal à manger. Notamment parce que les policiers lui ont éclaté les chicots. Le Toulousain sortait du boulot quand il a croisé une manif nocturne de Gilets jaunes. « J’ai décidé de les suivre un petit peu. » Cinq minutes plus tard, la police charge le cortège, matraques au clair. Les coups pleuvent et Yann reste sur le carreau. « Je me suis réveillé plusieurs minutes après et j’étais tout seul. » Il est sévèrement touché : fracture de la mâchoire en haut et en bas, 11 dents ont sauté.

 

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Dans l'appart' hôtel de Montpellier. / Crédits : Mathieu Molard

 

Pas facile pour mastiquer, mais encore faut il avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Et chez Yann [Sa cagnotte], le frigo n’est pas toujours très plein. Le gaillard à la barbe poivre et sel a plus de vingt ans d’expérience dans la restauration. « Jusque-là, je trouvais toujours du travail. » Mais désormais les patrons se montrent réticents et les contrats se font rares. « Financièrement c’est la merde », lâche-t-il. Pendant quatre mois, il a dû tenir avec 150 euros par mois. « Là, j’ai récupéré le RSA et quelques extras par-ci, par-là. » Pas assez pour se refaire le sourire : « C’est 18.000 euros à peu près. » Difficile dans ces conditions d’élever sereinement ses gamins de neuf et 12 ans. La gorge serrée, il raconte :

« Cette année, il n’y a pas eu de Noël pour eux. Ça fait bizarre de le dire. Mais heureusement, mes enfants ne sont pas bêtes. Ils savent que c’est dur, qu’il faut attendre les soldes. »

Un heureux événement

10h15 environ. Sur le perron de l’hôtel, les mutilés grillent une cigarette, tout en pestant sur les retardataires. Un petit groupe se met finalement en route. À pied, direction La carmagnole. La maison coopérative accueille la conférence de presse du collectif des Mutilés pour l’exemple. Dylan et sa copine font le bref trajet en voiture. Mais la vieille guimbarde peine à démarrer. « C’est le carter qui est pété », explique Émilie. Son copain, cheveux impeccablement gominés, soulève le capot pour remettre un peu d’huile dans le moteur. Le véhicule ne démarre toujours pas. « Il y a un problème avec les bougies aussi. » Dylan s’apprête à pousser la voiture, quand finalement celle-ci se met en marche.

 

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Dylan a 19 ans, il a été éborgné par une grenade de désencerclement. / Crédits : Mathieu Molard

 

Le jeune couple (19 ans pour lui, 21 pour elle) habite dans un petit village à l’écart de Montpellier. Impossible donc de s’en sortir sans être motorisé. Mais une nouvelle voiture est largement au-dessus de leurs moyens. Éborgné par une grenade de désencerclement le 27 avril 2019, Dylan a dû abandonner son job de manutentionnaire. Après ses six mois d’arrêt maladie, il a repris en intérim mais les missions se font rares. Émilie a aussi lâché son taf, quelques jours après le drame. « Je ne tenais plus. » Depuis, à part un peu de ménage par-ci par-là, rien. Alors la voiture, « faut encore qu’elle tienne trois mois. Après mon père va nous en filer une », explique Dylan [Sa cagnotte]. La nouvelle sera plus spacieuse que leur Golf. Une « familiale »… car ils attendent un heureux événement pour le début de l’été. Un sourire éclaire leurs visages quand ils évoquent le futur bébé.

Dans la misère

Finalement la voiture arrive à bon port. Les chaises sont déjà installées dans la petite salle de La Carmagnole. Dans un coin, Paul accroche ses portraits des mutilés. Depuis plusieurs mois, le jeune photographe accompagne discrètement le collectif. Ces photos, commencées en école, sont pour lui une manière de soutenir leur combat. Pendant ce temps, Dylan, Laurent et Ève suspendent sur le mur du fond une longue banderole sur laquelle sont imprimés les visages ensanglantés. Peu à peu, les journalistes, mais aussi des soutiens, prennent place face aux 12 mutilés.

 

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Le collectif des Mutilés pour l’exemple a fait sa conférence de presse. / Crédits : Mathieu Molard

 

Laurent, casquette beige vissée sur le crâne, ouvre la valse des témoignages. À l’acte VII, il a pris « un LBD dans la cuisse la matinée et un dans la tête l’après-midi ». Physiquement, ça va. Psychologiquement aussi, dit-il. Vanessa, assise à ses côtés, modère d’un mouvement de tête. Laurent se reprend, reconnaissant à demi-mot que tout n’est pas si simple. « On fait son solide, quoi. » Les récits s’enchaînent, difficilement soutenables : os fracturés, yeux détruits, main arrachée. Des vies en suspens. Et puis le sentiment d’injustice, avec ces procédures de l’IGPN qui n’aboutissent à rien.

À REGARDER AUSSI : « Supporters comme Gilets jaunes, on a été mutilés pour nos idées »

Kaïna, lunettes de soleil sur le visage, comme pour ne pas trop se dévoiler, prend la parole. « J’ai reçu un LBD le 29 décembre à la gare. Le même jour que Laurent et Yvan. » Son voisin de gauche, un ancien policier à la longue barbe grise, lui aussi blessé par un tir de LBD. « C’était la même charge. On ne faisait rien, on était pacifiques », explique-t-elle presque à voix basse. Elle en détaille les conséquences. Au fil du récit, le ton se fait plus ferme. « Ma vie a changé. » Ancienne responsable en boulangerie, elle a tout perdu ou presque. Son appartement et son travail :

« Financièrement, on est au plus bas. Il y a des gens qui vivaient bien. Ils sont sortis pour les plus miséreux qu’eux et qui aujourd’hui sont dans la misère. Moi je suis sortie pour les SDF et aujourd’hui je suis SDF. Je ne dors pas dehors parce qu’il y a des gens qui m’hébergent. Mais j’ai 32 ans, j’ai toujours payé mes factures et un coup de flashball a tout détruit. »

 

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Kaïna était responsable en boulangerie. Depuis sa mutilation, elle a perdu son appartement et son travail. / Crédits : Mathieu Molard

 

Elle raconte aussi ses coups de blues ou la difficulté d’accepter la tendresse des autres. Même celle de ses propres enfants. Dans l’assistance, certains épongent discrètement une larme.

 

 

Une affaire d’assurance

12h45, la conférence de presse vient de se terminer. La petite bande n’a pas trop le temps de souffler. Dans à peine plus d’une heure, la marche doit partir du centre-ville. Il faut encore manger. Ça sera un sandwich acheté à la va-vite dans un supermarché. En grignotant son casse-dalle, assis sur les escaliers de la place de la Comédie, Antoine détaille sa situation. Il est, au départ, un peu hésitant. « Tu sais moi, l’argent ça va. J’ai eu beaucoup de chance. Il faut surtout parler des autres. » Le brun aux traits fins a eu la main arrachée par une grenade lacrymogène, la GLI-F4, le 8 décembre 2018 à Bordeaux. Ses frais médicaux et la prothèse ont été pris en charge par la sécu et l’assurance. « Je suis à la MAIF. “Assureur militant”, je croyais que c’était du bluff, mais ils ont fait le job », rigole-t-il (placement de produit non sponsorisé). La société a même pris en charge la perte de « potentiel salaire » à hauteur de 4.000 euros, car il devait signer un nouveau contrat d’animateur auprès de jeunes enfants.

 

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Le groupe pose devant la gare. / Crédits : Mathieu Molard

 

Antoine se marre souvent. Il est du genre à multiplier les vannes sur son handicap et à se ramener en manif grimé en capitaine crochet. Peut-être une manière de se protéger, ou simplement son caractère. Sa « chérie » elle-même ne sait pas toujours. Ensemble, ils vont de l’avant. Grâce à son indemnité de travailleur handicapé, Antoine a pu reprendre des études de géographie pour devenir « agent de développement local dans un quartier populaire ». Il touche 900 euros tous les mois, « ce n’est pas un smic. Après j’ai le soutien de la famille. Évidemment, je finis dans le rouge tous les mois mais je m’en sors ! » Il se refuse à faire une cagnotte. « Ceux qui me proposent, je les redirige vers d’autres qui en ont plus besoin. »

Les indemnités qui tardent

Vanessa est de ceux-là [Sa cagnotte]. Sur la place centrale de Montpellier, la trentenaire passe d’un groupe à l’autre pour s’assurer que tout roule. Aider les autres semble parfois plus simple que prendre soin de soi-même. Avec 324 euros de la sécu et 200 euros d’APL, elle n’arrive plus à joindre les deux bouts. Sa demande de RSA est encore bloquée dans les méandres de l’administration. Sa reconnaissance de handicap aussi.

 

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Vanessa a perdu son oeil. En mai, elle avait témoigné dans le documentaire de StreetPress : « Gilets jaunes, une répression d'État » / Crédits : DR

 

Quant à la demande de FGTI (Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions), elle a été rejetée à deux reprises. « C’est pour les victimes qui ont au moins 30 jours d’ITT, moi je suis à 120 jours », soupire-t-elle. Elle demande 15.000 euros. Presque dérisoire pour tenir jusqu’à un éventuel procès qui n’arrivera pas de si tôt. Presque dérisoire quand on a perdu un oeil. En attendant c’est la solidarité qui lui permet de vivre :

« J’ai une petite grand-mère qui m’a envoyé un petit mandat pour Noël. Pour être sûr que je puisse au moins avoir un bon repas pour les fêtes. C’est touchant mais en même temps ça fait mal. »

15h. Dernière clope et en marche. Le cortège s’élance dans le centre-ville de Montpellier. « C’est réussi, non ? », interroge Mélanie [Sa cagnotte], un sourire en travers du visage. Elle est venue d’Amiens pour participer à ce week-end entre mutilés. Tout en avançant, elle tente d’estimer le nombre de participants. Quelques centaines à la louche. Les premiers slogans montent de la foule :

« La police fait son travail, ça crève les yeux ! »

Ils n’apparaissent pas dans le papier, mais ils ont également été mutilés et ont besoin d’un coup de pouce (cliquez sur les prénoms pour aller sur leurs cagnottes) :
Xavier, Franck, Floriane, Sébastien, David B., Jérôme, David D., Frédéric_

Edit le 15/01 : Le collectif Désarmons-les! (très sérieux sur le sujet) a également lancé une cagnotte à destination des blessés par les armes de la police. C’est par ici.

https://www.streetpress.com/sujet/1579018259-restos-coeur-mutile-par-police-violences-blesses-gilets-jaunes-manif

Citation

Violences policières : une bombe dans les mains de l’État ?

Violences policières : une bombe dans les mains de l’État ?
 
 
13 janvier 2020
 
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Aux dernières manifestations contre la réforme des retraites, de nombreux manifestants ont renoncé à descendre dans la rue, de peur d'être arrêtés ou blessés. Car plus d'un an après le début du mouvement des gilets jaunes, la machine judiciaire tourne au ralenti. Seuls quatre policiers ont été poursuivis. Et sans poursuites, difficile pour les victimes d'obtenir justice pour les violences subies.

 

Marion Roussey

Votre fils est aux urgences, madame. Il a reçu un tir de LBD.” Quand Flaure Diesse est arrivée à l’hôpital de Strasbourg le 12 janvier 2019, elle a mis du temps à réaliser que sa vie venait de basculer. Quelques heures plus tôt, son fils de 15 ans était sorti s’acheter une nouvelle veste. En passant à proximité d’un rassemblement de gilets jaunes près de la gare, il a été touché par un tir de lanceur de balles de défense. L’impact a brisé sa mâchoire et lui a valu six heures d’opération chirurgicale et des semaines de rééducation à domicile. “À quelques centimètres près, mon fils mourait” reconnaît Flaure. Car les LBD sont des armes redoutables et depuis le début du mouvement des gilets jaunes, leur utilisation par les forces de l’ordre explose. 

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© Maximilien Gardes

Une arme de guerre

 

Interdits dans la majorité des autres pays européens, les lanceurs de balles de défense sont utilisés en France depuis 2009. Selon le neurochirurgien Laurent Thines, un projectile de LBD40 tiré à plus de 324 km/h a la même force d’impact qu’un parpaing de 20kg lâché d’une hauteur de 1m. "Ces armes appartiennent à la catégorie A2, c'est-à-dire la même catégorie que les lances-roquettes utilisées par l’armée", souligne le praticien. Face à la gravité des lésions provoquées par ces armes non-létales sur ses patients, il a lancé une pétition,signée par 180 000 personnes, pour les limiter. Mais en février 2019, le Conseil d’État a maintenu leur usage en manifestation, estimant que celui-ci était suffisamment encadré et nécessaire au maintien de l’ordre. 

Le fait de se savoir potentiellement visée par quelqu’un est traumatisant.
Carla, vidéaste et manifestante

Bien entendu, seuls les policiers ayant préalablement été formés et entraînés ont le droit de se servir de cette arme”, rappelle Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police. Légalement, ils peuvent cibler le torse, les bras et les jambes. Pourtant le fils de Flaure a été touché à la tête alors qu’il observait la scène en marge du rassemblement. Et il n’est pas le seul à en avoir souffert. En mars 2019, plus de 13 000 tirs de LBD étaient recensés par le secrétaire d’État à l’Intérieur, entraînant des centaines de victimes éborgnées ou mutilées.

 

Vidéaste, Carla a été touchée à la jambe alors qu’elle filmait un rassemblement de gilets jaunes auquel elle participait à Lyon en mars 2019. “C’était tellement rapide que je n’ai pas eu le temps de réaliser ce qui se passait”, explique-t-elle. Les street-médics l’ont soignée mais le lendemain, elle ne pouvait plus marcher et ses douleurs ont duré 10 jours. “Le fait de se savoir potentiellement visée par quelqu’un est traumatisant” raconte la jeune femme. Presque un an après le coup, elle fait encore des cauchemars. Avec d’autres blessés, Carla a décidé de créer le collectif Dévisageons l'État, pour alerter les citoyens et venir en aide aux victimes de violences policières : “c’est difficile de savoir vers qui se tourner, qui contacter, comment se défendre quand on vient de se faire tirer dessus”, explique-t-elle.

Des banlieues à la rue

 

Les gilets jaunes ont permis de rendre visible une réalité qui existe depuis des années” note Arié Alimi. Son cabinet parisien gère actuellement une cinquantaine de plaintes liées à des cas de violences commises par des policiers sur des civils. Parmi eux, beaucoup de gilets jaunes, mais aussi des habitants de quartiers populaires, victimes de flash-balls, de coups de matraque ou d’interpellations violentes. Des méthodes déjà pratiquées depuis longtemps dans les banlieues : “ces quartiers ont servi de base pour tester l’utilisation de ces armes et les généraliser lors de mouvements sociaux”, analyse l’avocat pénaliste. Avec le mouvement des gilets jaunes, le nombre de plaintes a explosé. “Nous avons des cas pour lesquels les familles n’auraient jamais osé déposer plainte il y encore quelques années”, explique Arié Alimi, en prenant l’exemple de Cédric Chouviat, décédé lors d’un contrôle routier le 8 janvier. 

 

Pour Denis Jacob, cette évolution s’explique aussi par l’évolution du rapport de force avec la police : “Lors des manifestations contre la loi Travail en 2016, nous avons remarqué que la manière de manifester était en train d’évoluer”, explique-t-il. D’habitude, les cortèges étaient organisés à l’avance et les policiers les encadraient à distance. Cette fois-ci, les policiers ont été confrontés à de nombreux manifestants en colère, désireux d’en découdre physiquement avec les fonctionnaires de police qui incarnent l’État. Son syndicat a alors alerté les autorités sur la nécessité de revoir la définition du maintien de l’ordre mais selon lui, aucune réponse n’a vraiment été apportée jusqu’à présent.

Absence de RIO

 

Déscolarisé, le fils de Flaure Diesse a perdu une année et a décidé de partir étudier dans un internat en Bretagne. Une manière pour lui de repartir à zéro : “À Strasbourg, les gens le reconnaissaient dans la rue, explique sa mère. Sa photo circulait sur les réseaux sociaux et la police l’a même accusé d’être un casseur”. Flaure Diesse a alors entamé un long combat pour obtenir justice. Elle a porté plainte puis a rassemblé photos et vidéos pour reconstituer la scène et comprendre ce qu’il s’était réellement passé. Mais début novembre, sa plainte a été classée sans suite. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée de faire l’enquête, a estimé que quatre membres de la Brigade anti-criminalité ayant tiré en même temps, il était impossible d’identifier clairement l’auteur du tir. 

Photo des 4 membres de la BAC le 12 janvier 2019 à Strasbourg
 
 
Photo des 4 membres de la BAC le 12 janvier 2019 à Strasbourg © Maximilien Gardes

Sur la photo prise par des témoins de la scène, les fonctionnaires de la BAC apparaissent en effet cagoulés, habillés en civil et postés derrière une camionnette. “Le travail d’identification est alors difficile, note Arié Alimi, soit parce que les images sont trop floues, soit parce que le policier ne porte pas le matricule RIO”. Depuis 2014, la loi oblige en effet policiers et gendarmes à porter les 7 chiffres du référentiel des identités et de l'organisation, de manière visible sur leur tenue. Mais les manquements à l’obligation sont nombreux et les sanctions sont rares.

 

L’uniforme n’est pas adapté pour pouvoir afficher clairement ce numéro” justifie Denis Jacob. Pour contourner le problème, l’ancien policier propose de systématiser l’usage de la caméra-piéton chez les fonctionnaires, une technique déjà utilisée depuis six ans aux Etats-Unis et expérimentée en 2017-2018 dans plusieurs communes françaises.  

Lenteur judiciaire

 

On se rend compte de manière assez systématique que les enquêtes menées par l’IGPN ne sont pas aussi poussées qu’elles devraient l’être”, explique Arié Alimi. Résultat pour les victimes : obtenir le jugement d’un policier accusé de violence relève du parcours du combattant. “D’abord, parce que si elle n’est pas accompagnée de son avocat, la victime a souvent du mal à trouver un commissariat qui accepte d’enregistrer sa plainte, explique l’avocat. Ensuite, parce que le Procureur de la République, chargé de recevoir la plainte, fait tout pour retarder l’ouverture des enquêtes”.

 

À cela s’ajoutent les frais d’avocats que les victimes comme Flaure Diesse doivent souvent supporter seules. Autre problème : l’IGPN est constituée de policiers qui enquêtent sur les policiers. “On a donc un problème de partialité” explique Arié Alimi. La France devrait selon lui s’inspirer du modèle anglais, où les enquêtes visant des policiers sont confiées à des commissions indépendantes, composées de magistrats, d’anciens fonctionnaires et de citoyens. 

Par principe, le policier a la légitimité de la force
Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police

En France, depuis le début des gilets jaunes, la machine judiciaire tourne au ralenti. Le ministère de la Justice n’a pas souhaité communiquer les derniers chiffres, mais selon un décompte réalisé fin novembre, sur les 409 plaintes déposées en un an, la moitié a été classée sans suite et seuls deux policiers ont été jugés. De leur côté, plus de dix mille manifestants auraient été interpellés et placés en garde à vue durant les six premiers mois du mouvement. À Lyon, un rapport citoyen ayant répertorié pendant un an les jugements contre les gilets jaunes dénonce le caractère expéditif et brutal des condamnations. Contactée par téléphone, l’une des membres de la Commission d’enquête à l’origine de l’enquête nous explique : “la quasi-totalité des personnes condamnées ont été déférées en comparution immédiate, avec très peu de délai pour préparer leur défense”.

 

Beaucoup de manifestants sont ainsi condamnés sous le motif d’avoir participé à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences, avec souvent, des peines de prison assorties d’interdictions de manifester. “Quand un individu utilise la force, il n’a aucune légitimité, justifie Denis Jacob. Pris en flagrant délit, il est interpellé et présenté en comparution immédiate. En revanche, par principe, le policier a la légitimité de la force. Donc l’enquête doit établir avec précision si cette légitimité était justifiée ou non, ce qui nécessite du temps”. 

Extrait du rapport de la commission d’enquête populaire contre les violences policières et la répression à Lyon
 
 
Extrait du rapport de la commission d’enquête populaire contre les violences policières et la répression à Lyon

“La police, c’est l’État”

 

Résultat en un an, aucune victime de violences policières n’a encore été indemnisée. La situation suscite incompréhension et colère, notamment sur les réseaux sociaux. “Si la situation perdure, elle risque de creuser un dangereux fossé entre la population et les institutions policières et judiciaires”, avertit Arié Alimi. Pour tenter de sortir de la crise, Alternative police demande que davantage de policiers soient formés au maintien de l'ordre et que de nouvelles techniques soient expérimentées, comme les caméras piétons ou les véhicules de patrouille allemands équipés de sonos pour avertir les manifestants avant la charge des policiers. Car pour lui, le problème vient d'en haut : “Aujourd'hui, la seule responsabilité engagée est celle du policier et jamais celle de ceux qui ont donné les ordres”, souligne-t-il.

 

Alternative police réclame du gouvernement une nouvelle doctrine pour mieux définir la manière d’exercer le maintien de l’ordre. Annoncée pour juin 2019, elle n’a pas encore été présentée. “Si le gouvernement avait apporté une réponse politique aux demandes des Français, nous n'aurions peut-être pas eu toutes ces manifestations”. Car après plus d’un an, la fatigue se fait sentir aussi parmi les forces de l’ordre. “Les collègues ont le sentiment d’être utilisés comme des boucs-émissaires par les autorités, lâche Denis Jacob, sans qu’aucune réponse politique ne soit apportée”. 

C'est la police qui a tiré sur mon enfant. Or la police, c'est qui ? C'est l'État.
Flaure Diesse, mère d'un adolescent victime d'un tir de LBD

Flaure Diesse attend aussi une réponse de l’État. Elle assure qu’elle continuera de se battre pour qu’il reconnaisse ses torts : “C’est la police qui a tiré sur mon enfant. Or la police, c’est l’État”, lance-t-elle. Sa demande a été entendue par le défenseur des droits, qui s’est auto-saisi de l’affaire mi-novembre. L’institution va rouvrir l’enquête et se prononcera au titre de ses compétences en matière de déontologie de la sécurité mais également en matière de défense des droits de l’enfant. En 2017, elle avait déjà demandé le retrait des lanceurs de balles de défense et la mise en oeuvre par l’État d’une politique de désescalade de la violence.

 

Si le défenseur des droits n’a aucun pouvoir de sanctions, pour Flaure, cette auto-saisine offre un nouvel espoir : “Même si on ne trouve pas qui a tiré sur mon enfant, j’espère au moins que le gouvernement reconnaîtra sa responsabilité, dit-elle. S’excuser, c’est déjà reconnaître qu’il y a une injustice, ça libère et ça permet d’avancer”.

https://www.arte.tv/fr/articles/violences-policieres-une-bombe-dans-les-mains-de-letat

 

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Encore 2 ans... ca va péter... vraiment. 

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